LES VOLCANS DE L’ÎLE SERPENT

Avant l’arrivée des portugais au XVIème siècle, l’île indonésienne de Florès (= fleurs) se nommait Nipa (= serpent) en référence à sa forme longiligne sur 350 km de long pour 12 à 60 km de large. Sur cette étroite bande de terre vivent 2 millions d’indonésiens à 85 % de chrétiens, un héritage historique unique au sein du pays qui compte le plus  grand nombre de musulmans au monde.  Mais ce qui nous intéresse surtout, c’est la dizaine de volcans s’alignant sur cette petite île. Nous la parcourons d’est en ouest.

  • Le pays Lio du volcan Kelimutu à l’Ebulobo
  • Le pays Ngada de Bena au volcan Inerie
  • Le pays Manggarai de Ruteng à Labuhanbajo

Premières images de Florès

Sitôt arrivés à Maumere, nous empruntons la route trans-florès qui sillonne l’île. Lorsqu’elle longe la côte, elle joue à saute-moutons entre promontoires et baies abritées. Dans les terres, les rubans d’asphalte sont rares car la forêt, les rizières et les volcans prennent toute la place ! 

Le pays Lio

Introduction volcanique : Départ à 3h30 pour atteindre le sommet du volcan Kelimutu avant l’aube. Le sentier est aisé et nous arrivons facilement à 1640 mètres d’altitude avec une bonne heure d’avance sur le soleil. Nous sommes d’abord seuls dans l’humidité sous le ciel étoilé mais ça ne dure pas ! Alors que les nuages denses montent avec l’aube, les curieux affluent et le paysage rougit derrière le rideau de  brume. Le soleil perce enfin et apparaissent les fameux lacs aux couleurs irréelles. 

La dernière éruption du volcan date de 1968 mais ce sont ses lacs de cratères qui ont fait la célébrité du Kelimutu. Les mélanges instables de gaz coloraient les eaux de couleurs irréelles mais depuis 10 ans, les variations de teinte sont rares. Serait-ce la faute au réchauffement climatique ? Deux lacs gardent une couleur verte laiteuse tandis que le troisième lac, jadis rouge, est maintenant d’un noir profond.

Nous redescendons aux sons des oiseaux puis reprenons la route parmi les rizières. Un bref passage au séminaire Santo Paulus nous apprend que sur cette île à 90% catholique, vestige de la colonisation portugaise, l’uniforme est de rigueur à l’école, ainsi que l’enseignement religieux.

Nous faisons halte à Wologai qui a été entièrement reconstruit après un incendie en 2013. Ce village Lio allie catholicisme et croyances animistes. Ainsi, la maison de cérémonie accueille les réunions du village dans sa pièce centrale, les nuits de noce à gauche et les accouchements à droit. La généreuse poitrine sculptée à l’entrée est le symbole de la fertilité.

Certains champs de caféiers sont encore en fleurs alors que d’autre ont déjà été récoltés, séchant sur la place du village. La route continue en longeant la côte sud de l’île baignée par la mer de Savu, aussi chaude qu’agitée. Une halte à Blue Stone Beach s’impose car il s’agit d’une curiosité géologique, l’origine de ces galets bleus-verts n’étant pas connue. L’occasion d’un déjeuner de poissons !

Au loin, se profile déjà le relief du volcan Ebulobo dont nous grimperons les 2124 mètres cette nuit, dès 1h. Malheureusement, les nuages devanceront l’aube et notre patience là-haut ne sera pas récompensée. Malgré quelques fenêtres de lumière au lever du soleil, le panorama ne se dégagera pas. C’est toujours dans le brouillard que nous redescendrons sans avoir profité du paysage…

Le pays Ngada

C’est à Gurusina que nous devions faire étape mais 21 des 23 maisons du village ont entièrement brûlé quelques jours plus tôt. Malgré la désolation, les habitants et les autorités tiennent une assemblée pour récolter des dons, prendre les mesures d’urgence et prévoir la reconstruction. Ce sera dans la tradition pour ne pas perdre les savoir-faire, même si c’est la solution la plus longue et la plus chère. Nous nous arrêtons sur le site car Yani, notre guide, souhaite prendre des nouvelles de ses connaissances.

Plus loin à Malanage, la confluence d’une rivière et d’un courant d’eau chaude est bien connu, et pas seulement pas les locaux ! Nous profitons donc d’un bon bain -de foule, toutes proportions gardées. Quel plaisir de faire la sieste… Puis ce sera l’heure du marché, une autre activité que nous affectionnons !

Nous poursuivons vers Bena qui est également un village traditionnel Ngada. Neuf clans (une quarantaine de familles) y résident depuis plus de 500 ans. Les maisons sont en bambou et en bois sur pilotis de pierre et l’activité principale est le tissage d’ikat. La place centrale est occupée par de petites structures symbolisant les ancêtres Ngada. Le Bhaga (=mère) est représenté par une petite maison carrée et le Ngaduh (=mâle) est un bloc de pierre vertical pouvant atteindre 3 mètres.

Nous passons la nuit au village pour grimper le volcan Inerie, le départ est prévu à 1h30 cette nuit. Notre hôte est éleveur de chiens [animaux comestibles dans cette région !] et nous passons une soirée étrange sous la véranda avec sa famille. La nuit sera difficile avant de commencer l’ascension dans la brume, comme d’habitude pour l’achever avec le soleil à 2245 mètres d’altitude.

Le pays Mangarrai

En route pour Ruteng et ses superbes rizières en terrasse, après une halte chez un fabricant d’alcool local, l’arak. Cette nuit, c’est notre dernière ascension volcanique : le Ranakah qui domine la ville de ses 2100 mètres.

Nous partons avant l’aube et cheminons avec plusieurs groupes de locaux. C’est en effet le 17 août, jour de la fête nationale célébrant l’indépendance du pays en 1945 et en ce jour férié, nombreux sont les jeunes indonésiens à venir profiter du lieu avec leur drapeau. Nous n’atteindrons malheureusement pas la zone active (Anak Ranakah) mais le sommet tout coiffé de brouillard. Nous nous consolons en bonne compagnie.

Revenus à Ruteng tard dans la matinée, nous nous joignons au joyeux cortège. La fête de l’indépendance est l’occasion de voir défiler au centre de la ville tous les enfants de 3 à 18 ans. Nous profitons de ce moment de liesse (qui ressemblent plutôt à une fête de l’école), parmi les costumes et les parapluies multicolores qui servent d’ombrelles face au soleil radieux.

Nous découvrons enfin Cancar. Ce charmant village est visité car il est entouré de Lingko, de curieuses rizières traditionnelles locales en toiles d’araignées. Avec leur forme unique, elles permettent une distribution des parcelles comme les parts d’un gâteau entre les membres de la famille.

Nous atteignons finalement l’extrême ouest de l’île, Labuanbajo et son port. Les côtes de l’île sont occupées par la minorité musulmane qui se consacre à la pêche et notre dernière soirée à Florès sera sur le marché aux poissons. Après avoir choisi son plat du jour tout frais et trouvé une bière (pas évident car les locaux ne boivent pas ou peu), le festin arrive tout grillé, à consommer directement sur place.

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